Vente : le point sur la piste iranienne .

13 juillet 2016 - 12:35

Au printemps dernier, les premiers bruits d'une offensive iranienne pour le rachat de l'OM parvenaient jusqu'à nous. Le 6 juin, France Football assurait qu'un "fonds d'investissement iranien avait formulé une offre jugée extrêmement solide" pour acquérir le club. Des bruits accueillis plutôt favorablement par des supporters dans l'attente d'un retour au sommet, d'autant que l'histoire ressemble tout de même beaucoup à celle d'un état du Golfe (le Qatar) dépensant sans compter ses pétrodollars dans un club français (le PSG), se payant ainsi une formidable publicité diplomatique à moindres frais. De plus, les chiffres agités ont de quoi faire tourner la tête : 100 millions à l'achat, et un budget prévisionnel de plus de 500 millions d'euros. Bingo !

Des contacts dès décembre 2015 ?

Mais, passé l'effet d'annonce, le dossier n'a guère avancé. La seule réaction iranienne a été un démenti de la part de la compagnie Iran Air, que l'on annonçait parmi ces repreneurs potentiels. Mais ce n'est pas pour cela que le sujet n'a pas été abordé sur place. "On en a beaucoup parlé au printemps dans les journaux, et un peu moins aujourd'hui, nous explique Kourosh Daragahi, employé à l'ambassade de France à Téhéran et membre du forum du Phocéen. Avant cela, l'OM n'était pas très connu ici, notamment des plus jeunes, le PSG étant beaucoup plus médiatisé. Mais il faut savoir que les Iraniens ont déjà commencé à investir dans des clubs de football en Europe. D'après ce qui se dit ici, les premiers contacts remontent à décembre 2015".

"L'Iran a d'autres priorités"

Des contacts qui n'ont donc pas été confirmés, ni infirmés là-bas, ce qui n'a rien d'étonnant compte tenu de la confidentialité qui accompagne généralement ce genre de dossier. En revanche, les spécialistes de l'économie iranienne ont du mal a imaginer la faisabilité d'une telle opération. "Je serais quand même surpris, explique au Phocéen Thierry Coville, chercheur à l'IRIS, car il faut savoir que la situation économique reste très tendue en Iran, même si elle est en train de repartir avec la levée des sanctions. Leur production pétrolière est en train de revenir au niveau d'avant les sanctions et ils sont en train de récupérer petit à petit les avoirs qu'ils avaient à l'étranger, c'est vrai. Mais la priorité est d'investir dans les infrastructures du pays qui sont à l'arrêt depuis de nombreuses années. Les devises qu'ils sont en train de récupérer, ils vont plutôt les dépenser en Iran en rattrapant d'abord les retards qu'ils ont en terme d'autoroutes, d'aéroports, de ports, etc... C'est pour cela qu'une telle dépense pour un club de football européen me paraîtrait un peu incohérente. En tout cas, cela suivrait une autre logique économique".

La possibilité du "soft power"

Justement, l'espoir des suiveurs de l'OM concernant ce dossier réside dans cette mode du "soft power", à savoir cette diplomatie par le sport qui conduit certains pays pétroliers à investir en masse dans les clubs européens afin de redorer leur image. "Pourquoi pas, reconnaît Thierry Coville, même si on ne peut pas comparer le Qatar, qui compte deux millions d'habitants et énormément d'argent à placer, à l'Iran. Ses ressources en devises sont limitées par rapport aux besoins, avec 80 millions d'habitants et une surface trois fois supérieure à la France. Pour l'instant, ils n'ont pas non plus de fonds de stabilisation pétrolier, au contraire des Émirats ou de l'Arabie Saoudite. Ce serait effectivement une bonne stratégie pour l'Iran en terme d'image, mais le gouvernement aurait certainement des problèmes pour justifier un tel investissement aux yeux de la population. Ils ont 20% de chômage et bientôt des élections présidentielles. L'opposition se jetterait dessus". Reste évidemment la possibilité d'un investissement privé, l'Iran comptant un bon nombre de milliardaires à l'intérieur du pays, mais aussi à l'étranger. On pense, par exemple au nouveau propriétaire irano-britannique d'Everton Farhad Moshiri.

Mais pour l'instant, il reste impossible de spéculer sur le bien-fondé de cette rumeur. Hier mardi, Le Parisien estimait que MLD et son entourage ne souhaitaient pas se pencher sur cette offre "réelle", privilégiant la piste Pablo Dana. Au contraire, France Football affirmait le même jour que le dossier iranien suivait son cours et qu'un fonds d'investissement dédié vient d'obtenir confirmation de son registre au Luxembourg. Plus tard dans la soirée, l'hebdomadaire révélait une autre piste, celle du financier luxembourgeois Gérard Lopez, président de l'écurie de F1 Lotus. Alors, qui croire dans tout ça ? Se contenter d'attendre étant certainement le meilleur moyen de ne pas être déçu... .

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