Bouchet : "Qui a intérêt à ce que le club tombe si bas ?" .

20 mars 2016 - 10:48

Président de l'OM entre 2002 et 2004, Christophe Bouchet avait plutôt bien commencé son mandat avant de faire face à la grogne du public et d'être remercié, comme la plupart des présidents délégués de l'ère Robert Louis-Dreyfus.

Aujourd'hui consultant, il observe de loin le tourbillon de l'OM dans lequel se débat tant bien que mal Vincent Labrune, un président en place depuis bientôt cinq ans et qui semble résister bien mieux aux intempéries que ses prédécesseurs, même s'il connaît actuellement la séquence la plus critique de son mandat. Le Phocéen lui a demandé son analyse de la situation. Interview :

- L'OM s'enfonce dans un niveau de crise rarement atteint. Comment en est-on arrivé là selon vous ?

Christophe Bouchet : "Je me demande s'il n'y a pas un coup fourré dans ce club que l'on fait descendre dans les abîmes depuis un an ou deux. On ne pouvait quand même pas imaginer que cette gestion calamiteuse aboutisse à quelque chose de positif. Tant dans le choix de l'entraîneur que dans le choix des joueurs, dans l'absence de stratégie d'entreprise, il fallait bien que ça en arrive à ce point-là. Ce qui est rassurant, finalement, c'est qu'il y a une logique, une cohérence avec la place qu'occupe le club aujourd'hui".

- Quand vous parlez d'un coup fourré, vous pensez à quoi ?

"Je me demande qui a intérêt à ce que le club tombe si bas. Un éventuel acheteur en interne ou en externe ? Je préfère me dire qu'il y a de l'intelligence là-dedans et qu'il y a quelque chose derrière, mais j'ai du mal à comprendre".

- Vous voulez dire que l'on cherche à dévaluer le club pour le reprendre à bas prix ?

"Oui, je me demande s'il n'y a pas quelque chose de ce type-là. Il y a d'un côté la remise du club à l'équilibre, ce qui est plutôt bien, et dans le même temps, une politique sportive qui nous conduit où on en est. On aurait quelqu'un qui récupérerait le club, avec une gestion saine, avec la possibilité de le relever par la suite, mais sans le payer, ou très peu cher. Je ne sais pas qui a intérêt à faire ça..."

- Vous semblez penser à Vincent Labrune, non ?

"On pourrait imaginer, oui... mais je lui souhaite bien du courage. Je n'ai pas l'impression qu'il a un véritable amour pour l'OM, ni pour Marseille. D'ailleurs, il n'y habite pas. Il faut l'avoir dans le sang pour ça, et ce n'est pas le cas. Quel est le gain pour l'OM depuis quatre ans ? C'est un club de troisième zone européenne et c'est même devenu un club de deuxième zone française".

- Mais que faire, alors ?

"Je le dis depuis longtemps. Ce qui est le plus dur, c'est de gérer le fait de commencer un championnat en sachant qu'on ne le gagnera jamais. Il faut mettre au point toute une stratégie en route pour vivre avec ça. De gros clubs anglais doivent y faire face, comme Tottenham, Everton, Newcastle. Il y a aussi Dortmund en Allemagne qui fait ça très bien, dans l'ombre du Bayern. Il faut créer autour de ça une émulation, une vie de club, et certainement pas faire ce qui est en train d'arriver, à savoir que l'OM est en train de devenir une succursale de fonds d'investissement et de perdre ainsi son identité".

- Vous qui avez dû faire face à cette situation, est-ce que celle de Vincent Labrune est tenable ?

"C'est à lui de savoir s'il veut tenir. Lui seul sait ce qu'il y a dans son contrat qui le lie au club, ou à la vente du club. On peut supposer qu'il a dû négocier des choses sur le plan financier qui soient liées à la vente du club ou à son maintien. On peut supporter beaucoup de choses, mais ce doit être clairement désagréable" .

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