#Labruneamenti : vrai ou faux ? .

19 mars 2016 - 16:53

À la fin de la rencontre OM-Rennes, Vincent Labrune était évidemment attendu. Il est passé dans les couloirs du Vélodrome, avec sa garde rapprochée, en se dirigeant vers le vestiaire. À la sortie, il a accepté de répondre aux questions du journaliste de Canal+, diffuseur de la rencontre. Dans la foulée, alors que les autres journalistes l'attendaient pour avoir une explication, voire sa définition du mot "assumer", il a préféré un texto à l'un d'entre eux : "J'ai fait 10 minutes sur Canal, c'est bon, j'ai donné". Pour donner, en effet, il a donné. De la punchline décomplexée, des arguments envoyés dans tous les sens, et qu'il convient rapidement de remettre dans le contexte et dans le bilan du personnage. Il faut dire que depuis vendredi soir, aux côtés du hashtag #Labrunedémission déjà best-seller, circule un autre mot clé au succès fulgurant dans la sphère OM : #Labruneamenti

Dans sa litanie d'arguments et d'excuses, le président olympien joue-t-il réellement de la flûte ? Difficile d'être affirmatifs tant les éléments de langages semblent taillés sur mesure. Mais il ne coûte rien de se lancer dans un rapide "fact-checking" de la prose présidentielle, alors allons-y !

"Labrune démission ? Allez-y, pas de problèmes, je les comprends. Ceux qui ont envie de faire des règlements de compte, et bien à la limite on les règlera plus tard". "L'enjeu, ce n'est pas la compétitivité de l'OM. L'enjeu, c'est sa survie"

Un grand classique dans la communication du président de l'OM. Avant de parler, on réfléchit d'abord à son audience, aux personnes qui seront concernées par son message. Ici, ce sont donc tous les supporters qui réclament sa tête ces derniers jours. Il commence par les amadouer en assurant avoir le même ressenti, qu'il comprend. Mais, comme à son habitude, c'est lui qui choisit le timing. Il faut que cela se règle plus tard. Il y a quelques semaines, c'était parce que l'OM était à la lutte pour une place européenne et qu'il ne fallait pas compromettre une saison qui pouvait changer du tout au tout avec une série de victoires. Désormais, c'est parce qu'il faut faire attention à ne pas descendre. Bien vu. Sauf que prétendre que son départ ferait planer sur le club le spectre de la relégation nous semble quelque peu présomptueux. Bien des présidents avant lui se sont vus éjectés sans que l'équipe ne finisse en L2, d'autant qu'il l'a dit lui-même, son effectif est taillé pour jouer les premières places.

Verdict :

 

"On discute avec des investisseurs et comme par hasard des pseudo-supporters mettent le chaos"

À nouveau, le même procédé. Qu'est-ce qui fait rêver les supporters de l'OM ? Un éventuel repreneur, richissime si possible ? Très bien, on va laisser cette hypothèse prendre forme. Quitte à la transformer en carotte pour ceux qui veulent vraiment y croire. Parce que cette version offre un alibi en or au président de l'OM pour rester au centre du jeu. "On avait un investisseur, il était là, mais il n'a pas pris le club à cause des supporters. Si cela a capoté, c'est à cause d'obscurs supporters, téléguidés, qui n'ont pas intérêt à ce que le club soit repris". Ce sera peut-être dit différemment, mais le discours pour déplacer la culpabilité le plus loin possible est déjà prêt. Pourtant, on a beau observer le phénomène dans tous les sens, force est de constater que ce "chaos" évoqué ne provient pas d'un groupuscule de "pseudo-supporters", mais d'une très large majorité d'entre eux, affiliés à des groupes ou non.

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"La violence, la haine, je ne peux pas cautionner, c'est abracadabrantesque"

S'il y a bien un poncif derrière lequel tout le monde peut se retrouver, c'est bien évidemment que "la guerre c'est mal". Personne ne doit se réjouir, et encore moins encourager la violence. En revanche, l'exaspération des supporters s'explique facilement. La plupart des personnes présentes ce 18 mars dans l'enceinte marseillaise étaient des abonnés, ceux qui ont payé pour une saison avec Marcelo Bielsa. Qui est responsable de cette frustration accumulée dans de larges proportions, alors qu'au départ de l'Argentin, on leur a vendu un Espagnol dans un autre style, mais tout aussi chatoyant en ce qui concerne le jeu ? Puis un effectif de très haut niveau, contrairement à ce que pouvaient penser les "abrutis"... Les incidents d'OM-Rennes s'expliquent, mais si l'on prend Labrune au mot, la violence et la haine ne sont évidemment pas cautionnables.

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"Je ne souhaite pas à mon meilleur ennemi d'être président de l'OM"

Pape Diouf n'aura pas de mal à se souvenir comment, il y a quelques années, celui qui était alors président du conseil de surveillance a fait des pieds et des mains pour être calife à la place du calife, expliquant à voix aux journalistes depuis Paris ce qu'il pensait de la situation du club et ce qu'il fallait faire pour que cela tourne. Il va donc boucler sa cinquième saison au club, comme Diouf. Le comparatif, sur tous les plans, donne le Sénégalais vainqueur. Jean-Claude Dassier aussi rira sûrement. Lui qui a sauté après un doublé championnat-coupe de la Ligue. Vincent Labrune ne souhaite à personne de prendre sa place, c'est vrai, mais c'est certainement parce qu'il veut la conserver. 

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"Ma mission est de créer les conditions pour l'arrivée de nouveaux investisseurs"

À son arrivée en tant que président à l'été 2011, Vincent Labrune répétait à l'envi qu'il n'était pas là par plaisir, mais pour remettre les comptes du club à flot. Cinq ans plus tard, pas un collaborateur du club ne dépeint Labrune comme un simple "cost killer". On parle plutôt d'un président qui a pris goût au marché des transferts. L'ancien traducteur de Marcelo Bielsa avait même vendu la mèche à son départ : "En fait, Labrune, c'est plus le directeur sportif de l'OM que le président, qui se doit d'avoir un peu de hauteur". Si Labrune avait une mission précise, que ce soit épurer les comptes et/ou créer les conditions pour l'arrivée de nouveaux investisseurs, il l'a largement oubliée en route. Mais, compte tenu de la baisse de la masse salariale (en laissant partir gratuitement les meilleurs joueurs) et des nouvelles conditions de commercialisation des virages, on veut bien le croire.

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"Ça fait 4 ans que je le dis, il n'y a pas d'argent"

Le problème, ce n'est pas forcément l'argent, c'est la gestion. Il y a quatre ans, justement, l'OM avait un effectif tout autre, avec des éléments qui feraient par exemple aujourd'hui de l'équipe phocéenne la plus représentée, et de loin, en équipe de France. Mais la gestion des dossiers par Vincent Labrune et son équipe a fait que de nombreux joueurs se sont braqués, mettant un point d'honneur à partir sans que cela ne profite à l'actuelle direction, avec, par exemple, une indemnité de départ. Autre hic : allez expliquer à la plupart des présidents de L1 qu'un club sans dette, tournant chaque année à plus de 100 millions de budget n'a pas d'argent. 

Verdict :

 

"Avec Michel, on est partis ensemble, on va finir ensemble"

Pour cette dernière, difficile de trancher, car toutes les explications sont possibles. "Finir ensemble" peut signifier finir la saison, finir les deux ans de contrat, ou vraiment finir ensemble et partir ensemble.

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